De nombreux indicateurs traduisent ce choc d’une ampleur sans précédent pour l’économie calédonienne. Le PIB s’est contracté de 13,5 % en volume et l’indicateur du climat des affaires mesuré par l’IEOM a chuté sous le précédent plus bas observé lors de la crise sanitaire de 2020 (66,2 à fin juin 2024). L’emploi privé a baissé d’environ 20 % depuis le plus haut du 3e trimestre 2023 (près de 13 000 emplois ont ainsi été détruits selon l’ISEE). La consommation des ménages, pourtant résiliente ces dernières années, s’est essoufflée : les paiements et retraits par carte bancaire se sont repliés de 7 % sur l’année. L’activité bancaire a également été profondément affectée puisque la production totale de crédits (hors découverts) a chuté de 49 % en 2024, alors même que les taux directeurs étaient orientés à la baisse.
Les situations sectorielles apparaissent également très dégradées. Le secteur du nickel affrontait déjà une crise majeure en début d’année : dans un contexte de cours mal orientés sur les marchés internationaux, les actionnaires industriels avaient annoncé fin 2023 leur volonté de cesser le financement de leurs usines métallurgiques sur le territoire. Après l’annonce de retrait de Glencore en février 2024, l’activité productive de l’usine du Nord s’est arrêtée, dans l’attente d’un potentiel repreneur. Les émeutes ont ensuite cristallisé les difficultés du secteur. Blocages et destructions sur les sites miniers ont directement menacé l’approvisionnement en minerais des usines métallurgiques ainsi que leur survie : l’usine du sud (Prony) a interrompu son activité entre mai et novembre 2024, tandis que la SLN a tourné au ralenti pour préserver l’intégrité de son appareil productif. L’activité du secteur du BTP s’est également effondrée en 2024.
Alors que le déséquilibre des finances publiques calédoniennes a continué de s’aggraver dans ce contexte inédit, les engagements de l’État ont été considérables.
Très atypique, le solde des transactions courantes est excédentaire dans un contexte de crise exceptionnelle
Le compte de transactions courantes calédonien est structurellement déficitaire, en raison des déficits structurels des biens et des services qui ne sont pas compensés par les excédents des revenus primaires et des revenus secondaires. En 2024 cependant, la balance des transactions courantes calédonienne affiche un excédent de +43,1 milliards XPF. Il s’explique par un contexte exceptionnel, combinaison d’une crise majeure du secteur du nickel et des conséquences du climat insurrectionnel ayant frappé la Nouvelle-Calédonie à partir de mai 2024. Ainsi, le solde des services, traditionnellement déficitaire, devient excédentaire (+16,3 milliards XPF). Cette évolution s’explique essentiellement par l’amélioration du solde des transports (baisse du déficit des transports maritimes avec la réduction des exportations de nickel et amélioration du solde du transport aérien avec une forte réduction de l’activité des compagnies étrangères). À noter que le solde des échanges de biens reste quant à lui déficitaire (- 107,4 milliards XPF), la valeur des biens importés demeurant largement supérieure à celle des biens exportés.
...




